
Constipation : remèdes naturels, gestes simples et signaux qui doivent faire consulter
Par FRANCE CHIRON
TEMPS DE LECTURE : 8 minutesEn bref : on parle de constipation en dessous de 3 selles par semaine, ou quand les selles sont dures et difficiles à évacuer. Les premiers leviers naturels sont l’eau, des fibres introduites progressivement, les pruneaux, le mouvement, la position sur les toilettes et des horaires réguliers. Sang dans les selles, amaigrissement, changement récent du transit après 50 ans : consultez sans attendre.
C’est un sujet dont on parle peu, et pourtant il revient très souvent en séance, glissé en fin de rendez-vous : « Et puis, je suis un peu constipée. » En formation, nous apprenons à poser la question directement, sans gêne. Parce que le transit dit beaucoup de l’hydratation, de l’alimentation, du rythme de vie et du stress. Et parce que certains signes ne doivent jamais être banalisés.
Quand parle-t-on vraiment de constipation ?
Il n’existe pas de rythme idéal : entre trois selles par jour et trois par semaine, tout peut être normal. Les médecins parlent de constipation quand les selles deviennent rares, en dessous de trois par semaine, ou quand leur évacuation est difficile : efforts de poussée, selles dures ou en petites billes, sensation de ne pas avoir terminé. Elle est dite chronique quand ces troubles durent depuis plusieurs mois.
Pour comprendre ce qui se passe, il faut revenir au dernier segment du tube digestif. Notre manuel de naturopathie niveau 1 décrit le côlon, long d’« environ 1,5 mètre », dont les deux rôles sont l’« absorption de l’eau et des électrolytes » et la « formation des selles à partir des déchets non digérés ». Plus les selles séjournent longtemps dans le côlon, plus il en retire d’eau, et plus elles durcissent. C’est tout le cercle vicieux de la constipation.
Quels signaux doivent faire consulter ?
La plupart des constipations sont fonctionnelles, liées au mode de vie. Mais le symptôme peut aussi révéler une maladie qui demande un diagnostic rapide. Ces signaux passent avant tout remède naturel.
| Signal | Pourquoi c’est important | Qui consulter et quand |
|---|---|---|
| Sang dans les selles ou selles noires | Saignement digestif, polype, lésion du côlon ou de l’anus | Médecin traitant rapidement |
| Amaigrissement inexpliqué, fatigue, anémie | Maladie digestive ou générale à rechercher | Médecin traitant rapidement |
| Changement récent et durable du transit après 50 ans | Âge du dépistage du cancer colorectal | Médecin traitant, coloscopie si besoin |
| Alternance brutale avec de la diarrhée, glaires | Maladie inflammatoire ou autre cause digestive | Médecin traitant, gastro-entérologue |
| Ventre gonflé et douloureux, arrêt des gaz, vomissements | Occlusion intestinale possible | Urgences ou 15 immédiatement |
| Antécédents familiaux de cancer colorectal | Risque plus élevé, surveillance adaptée | Médecin traitant, même sans autre symptôme |
Entre 50 et 74 ans, un test de dépistage du cancer colorectal est proposé tous les deux ans en France, à réaliser chez soi. Les modalités sont détaillées sur le site de l’Assurance maladie. Une constipation qui apparaît chez un enfant, une femme enceinte ou une personne âgée fragile mérite aussi un avis médical plutôt que de l’automédication.
Pourquoi le transit ralentit-il ?
Les causes se cumulent souvent. En séance, nous passons en revue le quotidien avant de proposer quoi que ce soit.
- Hydratation et alimentation : on boit peu, on mange peu de fibres et beaucoup de produits raffinés, ou l’on saute des repas.
- Sédentarité et rythme : journées assises, déplacements, horaires décalés, envie retenue parce qu’on n’est pas chez soi.
- Médicaments : antalgiques opioïdes, fer, certains antidépresseurs, antiacides à base d’aluminium, certains traitements de la tension.
- Situations particulières : grossesse, hypothyroïdie, diabète, maladies neurologiques, stress et anxiété.
Notre manuel niveau 3 range la constipation parmi les signes de déshydratation, aux côtés des « urines foncées, peu abondantes » et des « tensions musculaires, crampes ». Il rappelle aussi que l’eau « évite la stagnation et favorise un transit doux et régulier ». Le lien avec l’élimination, un des piliers de l’hygiène de vie naturopathique, se fait naturellement.
Quels sont les 8 leviers naturels contre la constipation ?
Aucun de ces leviers n’agit en une nuit. Mis ensemble et tenus deux à trois semaines, ils suffisent pourtant à relancer beaucoup de transits paresseux.
- L’eau : notre manuel niveau 2 recommande 1,5 à 2 litres par jour, de préférence entre les repas ; des fibres sans eau aggravent la constipation.
- Les fibres, progressivement : légumes à chaque repas, fruits entiers, légumineuses, céréales complètes, en augmentant sur deux à trois semaines.
- Les pruneaux : quelques pruneaux par jour, ou leur jus, apportent fibres et sorbitol, un sucre qui attire l’eau dans l’intestin.
- Le psyllium : fibre soluble qui gonfle au contact de l’eau, à prendre avec un grand verre d’eau et sur conseil du pharmacien.
- Le mouvement : 30 minutes de marche par jour stimulent les contractions de l’intestin.
- La position : genoux plus hauts que les hanches, grâce à un petit tabouret sous les pieds.
- Les horaires : un moment régulier, souvent après le petit-déjeuner, sans se presser et sans retenir l’envie.
- Le massage abdominal : mouvements circulaires doux qui suivent le trajet du côlon, quelques minutes par jour.
Fibres, pruneaux, psyllium : que dit la recherche ?
Les fibres sont le levier le mieux documenté. L’Anses recommande aux adultes environ 30 g de fibres par jour, un objectif que la plupart des Français n’atteignent pas. Notre manuel niveau 2 distingue les fibres solubles, qui « nourrissent les bonnes bactéries intestinales » (fruits, légumineuses, avoine), et les fibres insolubles, qui « facilitent le transit » (céréales complètes, légumes verts). Les deux ont leur place.
Pour les pruneaux, un essai randomisé mené par Attaluri et ses collègues (Alimentary Pharmacology and Therapeutics, 2011) auprès d’une quarantaine de personnes constipées a montré qu’ils amélioraient la fréquence et la consistance des selles au moins aussi bien que le psyllium. Le psyllium, lui, dispose d’un dossier plus fourni : c’est une fibre utilisée en pharmacie comme laxatif de lest. Nous détaillons son usage dans notre article sur le psyllium.
Ce que les études ne montrent pas : qu’une « détox du côlon », des lavements répétés ou une cure de plantes laxatives relancent durablement le transit. Et les fibres ont leurs limites : chez certaines personnes, notamment en cas de syndrome de l’intestin irritable, un excès de fibres insolubles augmente ballonnements et douleurs. D’où l’intérêt d’y aller progressivement et d’observer.
Comment bien s’installer et masser son ventre ?
La position compte plus qu’on ne l’imagine. Assis sur des toilettes classiques, le rectum reste légèrement coudé ; en surélevant les pieds, genoux au-dessus des hanches, buste penché en avant, on se rapproche de la position accroupie et l’évacuation demande moins d’effort. Un simple tabouret de 15 à 20 cm suffit. Évitez de pousser en bloquant la respiration : expirez lentement, comme pour souffler dans une paille.
Le massage du ventre complète ce geste. Notre manuel niveau 4 présente le massage abdominal comme une zone clé de l’interaction entre système nerveux et système digestif, avec des « mouvements doux et circulaires » qui peuvent « favoriser une meilleure digestion ». Allongé, genoux fléchis, partez du bas du ventre à droite, remontez vers les côtes, traversez sous l’estomac, puis redescendez à gauche : c’est le trajet du côlon. Quelques minutes suffisent. Pas de massage sur un ventre douloureux ou fiévreux, ni pendant la grossesse sans avis.
Laxatifs, lavements, plantes : quelles précautions ?
Précaution : Évitez l’usage prolongé de laxatifs stimulants, y compris à base de plantes (séné, bourdaine, cascara, aloès), sans avis médical : ils peuvent irriter l’intestin et faire perdre du potassium. Psyllium et fibres en complément sont contre-indiqués en cas de suspicion d’occlusion ou de difficultés à avaler, et s’espacent des médicaments. Enfants, grossesse, traitements : parlez-en au médecin ou au pharmacien.
Les tisanes « transit » vendues en grande surface contiennent souvent des plantes laxatives stimulantes. Utilisées ponctuellement, elles dépannent ; prises tous les jours, elles habituent l’intestin à être stimulé et masquent la cause. Les lavements et hydrothérapies du côlon répétés exposent, eux, à des irritations et à des déséquilibres en sels minéraux. En cas de doute sur un produit ou une interaction avec un traitement, le pharmacien reste le meilleur interlocuteur.
Comment la naturopathie accompagne-t-elle un transit paresseux ?
Le naturopathe ne traite pas la constipation : il regarde ce qui, dans le quotidien, freine l’élimination. Rythme des repas, mastication, hydratation, activité physique, stress et sommeil sont passés en revue. Une étude de cas de notre niveau 3 le montre bien : Jean, 72 ans, ancien menuisier, vit seul, cuisine peu et boit « environ 500 mL/jour », par peur d’aller trop souvent aux toilettes. Il décrit un « ralentissement du transit (1 selle tous les 3 jours) », des ballonnements et une fatigue dès le réveil. La réponse travaillée en groupe commence par l’hydratation, l’assiette et le rythme de vie, pas par un produit, et passe par un point avec son médecin.
Le stress joue un rôle souvent sous-estimé. Le système nerveux parasympathique, celui du repos, favorise la digestion ; sous tension permanente, l’intestin ralentit. Respiration abdominale, repas pris assis et au calme, pauses dans la journée : ces gestes simples pèsent sur le transit. Pour aller plus loin, voyez nos 10 astuces pour mieux digérer et notre article sur le microbiote intestinal.
« Je prenais une tisane laxative presque tous les soirs depuis des années. En formation, j’ai compris que je buvais moins d’un litre d’eau par jour et que je ne marchais quasiment pas. J’ai arrêté la tisane progressivement, avec l’accord de mon médecin, ajouté des pruneaux, un tabouret et une marche après le déjeuner. Il a fallu trois semaines de patience. »
Catherine, 58 ans, ancienne agente administrative, Nice
Comment se former à l’accompagnement digestif en naturopathie ?
Anatomie et physiologie du système digestif au niveau 1, fibres, digestion et assimilation au niveau 2, observation et bilan au niveau 3, massages au niveau 4 : le transit traverse toute notre formation de naturopathe. Le cursus complet coûte 6 500 € : stage Premiers Pas de 2 jours à 500 €, puis 5 niveaux de 3 jours sur 8 mois à 6 000 €, soit 17 jours en présentiel avec 10 stagiaires en moyenne et 20 séances supervisées.
Note : Ces approches s’inscrivent dans le cadre du bien-être complémentaire et ne sauraient remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
Foire aux questions
Combien de selles par semaine est-il normal d’avoir ?
Entre trois selles par jour et trois par semaine, le rythme peut être normal. On parle de constipation en dessous de trois selles par semaine ou quand l’évacuation est difficile, avec des selles dures. Ce qui compte aussi, c’est le changement par rapport à vos habitudes. Un changement durable et inexpliqué, surtout après 50 ans, justifie un avis médical.
Quel est le remède naturel le plus efficace contre la constipation ?
Aucun remède ne fonctionne seul. L’association d’une bonne hydratation, de fibres introduites progressivement, d’une activité physique quotidienne et d’horaires réguliers donne les meilleurs résultats. Les pruneaux figurent parmi les aliments les mieux étudiés. Si rien ne change après trois à quatre semaines, consultez votre médecin.
Combien de pruneaux manger contre la constipation ?
Quelques pruneaux par jour, le matin ou en collation, suffisent souvent à améliorer le transit. Commencez par une petite quantité pour éviter gaz et ballonnements, et buvez suffisamment. Le jus de pruneau est une alternative, plus sucrée et moins riche en fibres. Les personnes diabétiques doivent tenir compte de cet apport en sucre.
Quelles précautions prendre avec le psyllium ?
Le psyllium doit toujours être pris avec un grand verre d’eau, sinon il peut former un bouchon et aggraver la constipation. Il est contre-indiqué en cas de suspicion d’occlusion intestinale ou de difficultés à avaler. Il peut réduire l’absorption de certains médicaments, qu’il faut donc espacer. Le pharmacien vous indique la quantité adaptée et le bon intervalle.
Le café aide-t-il à aller à la selle ?
Chez beaucoup de personnes, le café stimule les contractions du côlon peu après sa consommation. Cet effet ne suffit pas à régler une constipation installée. Consommé en excès, il peut aussi perturber le sommeil et accentuer la nervosité. Il ne dispense pas de boire de l’eau en quantité suffisante.
Faut-il éviter les laxatifs ?
Un laxatif peut dépanner ponctuellement, sur conseil du pharmacien ou du médecin. Les laxatifs stimulants, y compris à base de plantes comme le séné ou la bourdaine, ne doivent pas être pris au long cours sans avis médical. Ils peuvent irriter l’intestin et entraîner une perte de potassium. Les laxatifs de lest, comme le psyllium, sont généralement préférés en première intention.
La constipation peut-elle venir du stress ?
Oui, le stress et l’anxiété ralentissent souvent le transit, car ils freinent le système nerveux du repos et de la digestion. Les voyages, les changements d’horaires et le fait de retenir l’envie jouent aussi. Respiration, repas au calme et activité physique aident à relancer l’intestin. Si la constipation s’accompagne de douleurs importantes, un avis médical s’impose.
Quand faut-il consulter pour une constipation ?
Consultez rapidement en cas de sang dans les selles, de selles noires, d’amaigrissement inexpliqué ou de changement récent et durable du transit après 50 ans. Un ventre gonflé et douloureux avec arrêt des gaz et vomissements impose un appel au 15. Une constipation qui persiste malgré trois à quatre semaines de mesures d’hygiène de vie mérite aussi un avis. Chez l’enfant et la femme enceinte, le médecin est le premier interlocuteur.