Équilibre acido-basique : aliments alcalinisants et acidifiants, ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas
Par FRANCE CHIRON
TEMPS DE LECTURE : 8 minutesEn bref : le pH du sang reste entre 7,35 et 7,45 quoi que l’on mange : poumons, reins et systèmes tampons le régulent en permanence. L’alimentation modifie en revanche la charge acide que les reins éliminent, estimée par l’indice PRAL (Remer et Manz, 1995). Légumes et fruits ont un PRAL négatif ; fromages, viandes et céréales un PRAL positif. Le régime alcalin n’a pas démontré d’effet sur les maladies.
Bandelettes de pH urinaire, eau « alcaline », listes d’aliments interdits : l’équilibre acido-basique est l’un des sujets les plus déformés en ligne. Il repose pourtant sur une physiologie solide. En formation, nous passons du temps à démêler trois niveaux souvent mélangés : ce que fait le corps, ce que change l’assiette, et ce que la naturopathie appelle le terrain acidifié.
L’alimentation peut-elle changer le pH du sang ?
Non, pas chez une personne en bonne santé. Notre manuel de naturopathie niveau 2 le pose clairement : l’équilibre acido-basique désigne « la capacité de l’organisme à maintenir un pH stable dans le sang et les tissus, en particulier autour de 7,35 à 7,45 (légèrement basique) », un équilibre « régulé principalement par les poumons, les reins et les systèmes tampons (comme le bicarbonate) ».
Cette régulation est rapide et puissante. Les poumons ajustent en quelques minutes l’élimination du gaz carbonique ; les reins, en quelques heures ou quelques jours, excrètent les acides et récupèrent le bicarbonate. Quand le pH sanguin sort de cette fourchette, on parle d’acidose ou d’alcalose : c’est une urgence médicale, liée par exemple à un diabète déséquilibré, une insuffisance rénale ou respiratoire, une intoxication. Aucune salade ne corrige cela, et aucun steak ne le provoque chez un adulte en bonne santé.
Qu’est-ce que la charge acide rénale (PRAL) ?
Si le sang ne bouge pas, l’alimentation laisse tout de même une trace : elle modifie la quantité d’acides que les reins doivent éliminer, et donc le pH des urines. Pour l’estimer, les chercheurs allemands Thomas Remer et Friedrich Manz ont proposé en 1995 l’indice PRAL (potential renal acid load, charge acide rénale potentielle), calculé à partir des protéines, du phosphore, du potassium, du magnésium et du calcium d’un aliment.
Un PRAL positif signale un aliment qui augmente la charge acide : c’est le cas des aliments riches en protéines et en phosphore, comme les fromages, les viandes, les poissons, les œufs et les céréales. Un PRAL négatif signale un aliment qui apporte davantage de minéraux alcalinisants, surtout du potassium : légumes, fruits, fruits secs. Le citron, acide en bouche, a un PRAL négatif, ce qui rejoint la remarque de notre manuel : « alcalinisant après métabolisation ».
Ce que le PRAL mesure : une charge estimée pour les reins, qui se reflète dans le pH urinaire. Ce qu’il ne mesure pas : l’état de vos tissus, votre niveau d’inflammation ou votre santé osseuse.
Quels aliments sont alcalinisants et lesquels sont acidifiants ?
Voici des valeurs indicatives de PRAL pour 100 g, arrondies à partir des tables de Remer et Manz. Les chiffres varient selon les sources et les variétés : retenez surtout le signe et l’ordre de grandeur.
| Aliment (100 g) | PRAL indicatif (mEq) | Tendance |
|---|---|---|
| Raisins secs | −21 | Très alcalinisant |
| Épinards | −14 | Très alcalinisant |
| Banane | −5,5 | Alcalinisant |
| Céleri, carotte, courgette | Environ −5 | Alcalinisant |
| Pomme de terre | −4 | Alcalinisant |
| Tomate | −3 | Alcalinisant |
| Pomme | −2 | Légèrement alcalinisant |
| Lait, yaourt nature | Environ +1 | Proche de la neutralité |
| Pain blanc | +3,5 | Légèrement acidifiant |
| Lentilles | +3,5 | Légèrement acidifiant |
| Pâtes | +6,5 | Acidifiant |
| Bœuf maigre, poulet | Environ +8 | Acidifiant |
| Œuf entier | +8 | Acidifiant |
| Poisson (truite, cabillaud) | +7 à +11 | Acidifiant |
| Riz complet | +12,5 | Acidifiant |
| Fromage à pâte dure | Environ +19 | Très acidifiant |
| Parmesan | +34 | Très acidifiant |
Deux surprises reviennent à chaque session de formation. Les lentilles, que notre manuel range parmi les aliments alcalinisants « tolérées si associées à des légumes », ont un PRAL légèrement positif. Et le lait, souvent décrit comme très acidifiant, est proche de la neutralité, contrairement aux fromages affinés. Les classifications naturopathiques et le PRAL ne se recoupent donc pas toujours : les premières raisonnent en terrain et en digestion, le second en chimie rénale.
Un aliment acidifiant n’est pas pour autant un aliment « mauvais ». Œufs, poissons, légumineuses et céréales complètes apportent protéines, fibres et micronutriments indispensables.
Que dit la naturopathie du terrain acidifié ?
En naturopathie, l’équilibre acido-basique sert aussi de grille de lecture du terrain. Notre manuel niveau 2 cite comme facteurs de déséquilibre l’excès d’aliments acidifiants et le manque de végétaux, mais aussi le « stress chronique, anxiété, surmenage », le manque ou l’excès d’activité physique, le sommeil insuffisant et des émonctoires « engorgés, sous-performants ». Le manuel niveau 3 ajoute qu’en naturopathie, « une inflammation persistante est souvent liée à un déséquilibre acido-basique ».
Cette lecture a une valeur pratique : elle pousse vers plus de légumes, plus de mouvement, un meilleur sommeil et moins d’ultra-transformés, des conseils que la nutrition classique partage. Mais ses limites doivent être dites. Le « terrain acide » tel qu’on le décrit en naturopathie n’a pas de définition biologique mesurable, et son lien de cause à effet avec l’inflammation, la fatigue ou les douleurs n’est pas démontré. Le même manuel précise que la naturopathie « intervient en complément de la médecine conventionnelle ».
Nous détaillons cette façon de regarder la personne dans notre article sur le terrain avant le symptôme, et le rôle des émonctoires dans l’élimination.
Ce que la recherche montre, et ce qu’elle ne montre pas
Ce que la recherche montre : une alimentation riche en végétaux diminue la charge acide et augmente le pH urinaire. Chez les personnes atteintes de maladie rénale chronique, la charge acide alimentaire compte réellement, et les néphrologues la surveillent. Une alimentation riche en fruits et légumes est aussi associée à une meilleure santé cardiovasculaire, pour des raisons qui dépassent largement l’acidité : fibres, potassium, antioxydants, moins de produits transformés.
Ce qu’elle ne montre pas : qu’un régime alcalin prévienne l’ostéoporose ou le cancer. Une méta-analyse de Fenton et ses collègues (Nutrition Journal, 2011) n’a pas trouvé de preuve que la charge acide de l’alimentation cause une perte osseuse. L’eau alcaline, elle, est neutralisée par l’acidité de l’estomac bien avant d’atteindre le sang. Quant aux bandelettes de pH urinaire, elles reflètent surtout les derniers repas, pas l’état de l’organisme.
Précaution : Ne prenez pas de bicarbonate de soude ni de sels alcalins en continu sans avis médical : ils peuvent déséquilibrer le potassium et le sodium, aggraver une hypertension et interagir avec des médicaments. En cas de maladie rénale, de calculs ou de traitement diurétique, l’alimentation se discute avec le médecin.
Quels repères d’assiette retenir ?
Pas besoin de bandelettes ni de listes d’aliments interdits. Cinq repères suffisent, et ils ont l’avantage d’être favorables à la santé quelle que soit la théorie qu’on retient.
- Des légumes à chaque repas, crus et cuits, et au moins deux fruits par jour.
- Des protéines variées : alternez viande, poisson, œufs, légumineuses et tofu, en portions raisonnables, « toujours accompagnés de légumes », comme le recommande notre manuel.
- Des céréales complètes plutôt que raffinées, en quantité adaptée à votre activité.
- Moins d’ultra-transformés, de charcuterie, de sodas et de sel, qui cumulent charge acide et autres inconvénients.
- De l’eau en quantité suffisante, du mouvement chaque jour et un sommeil réparateur.
Le manuel propose une astuce de proportion : « 80 % d’alcalinisants (fruits, légumes, hydratation), 20 % d’acidifiants bien choisis (protéines, céréales complètes) ». Nous la présentons comme un repère visuel pour remplir l’assiette de végétaux, pas comme une règle à respecter au gramme près. Pour les personnes qui ont besoin de plus de protéines, sportifs ou seniors, la part d’aliments à PRAL positif sera logiquement plus élevée. Comme pour la charge glycémique, c’est l’ensemble du repas qui compte.
À quoi ressemble une journée équilibrée dans cette logique ? Un petit-déjeuner avec un fruit entier, des flocons d’avoine et quelques amandes. Un déjeuner composé pour moitié de légumes, avec des lentilles ou un filet de poisson et une céréale complète. Un goûter facultatif de fruits secs. Un dîner plus léger : soupe de légumes, œuf ou tofu, un peu de fromage si vous l’appréciez. Rien d’interdit, simplement des végétaux qui occupent la place principale, et des aliments à PRAL positif choisis pour ce qu’ils apportent.
Et l’eau chaude citronnée du matin ? Nous avons consacré un article à ce rituel naturopathique décrypté.
Quand consulter plutôt que changer d’assiette ?
Un « terrain acide » ne se diagnostique pas avec une bandelette. Certains signes relèvent en revanche d’une consultation médicale, car ils peuvent traduire un vrai déséquilibre métabolique ou rénal.
- Essoufflement inexpliqué, respiration rapide et profonde, confusion : urgence, appelez le 15.
- Soif intense, urines abondantes, amaigrissement : recherche de diabète.
- Douleurs lombaires, sang dans les urines : recherche de calculs ou d’atteinte rénale.
- Fatigue durable, crampes, douleurs osseuses : bilan médical avant tout changement alimentaire radical.
« Je mesurais le pH de mes urines tous les matins et je m’affolais dès qu’il était acide. En formation, nous avons vu comment le corps régule le pH du sang et ce que reflète vraiment une bandelette. J’ai rangé les bandelettes et gardé l’essentiel : des légumes à chaque repas et moins de fromage le soir. »
Véronique, 51 ans, ancienne responsable logistique, Lyon
Comment se former à la nutrition et au bilan naturopathique ?
L’équilibre acido-basique ouvre le niveau 2 de notre formation de naturopathe, avec l’équilibre alimentaire, les micronutriments et les cures ; le niveau 3 le relie à l’inflammation et au bilan de santé. Nous y enseignons la grille naturopathique et ses limites, côte à côte avec la physiologie. Le cursus complet coûte 6 500 € : stage Premiers Pas de 2 jours à 500 €, puis 5 niveaux de 3 jours sur 8 mois à 6 000 €, soit 17 jours en présentiel avec 10 stagiaires en moyenne.
Note : Ces approches s’inscrivent dans le cadre du bien-être complémentaire et ne sauraient remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
Foire aux questions
Les aliments alcalinisants changent-ils le pH du sang ?
Non. Chez une personne en bonne santé, le pH du sang reste entre 7,35 et 7,45 grâce aux poumons, aux reins et aux systèmes tampons. L’alimentation modifie la charge acide que les reins éliminent et le pH des urines. Un pH sanguin anormal relève d’une urgence médicale, pas d’un ajustement de l’assiette.
Qu’est-ce que l’indice PRAL ?
Le PRAL, ou charge acide rénale potentielle, estime la quantité d’acides qu’un aliment laisse aux reins à éliminer. Il a été proposé en 1995 par Thomas Remer et Friedrich Manz. Il se calcule à partir des protéines, du phosphore, du potassium, du magnésium et du calcium. Un PRAL négatif correspond à un aliment alcalinisant, un PRAL positif à un aliment acidifiant.
Le citron est-il acide ou alcalinisant ?
Le citron est acide en bouche, mais il a un PRAL négatif. Son acide citrique est métabolisé et il apporte du potassium, ce qui en fait un aliment alcalinisant du point de vue de la charge rénale. Son acidité reste agressive pour l’émail dentaire et les estomacs sensibles. Mieux vaut le diluer et se rincer la bouche ensuite.
Le régime alcalin est-il efficace ?
Le régime alcalin encourage les légumes et les fruits, ce qui est favorable à la santé. En revanche, aucune preuve solide ne montre qu’il agit en modifiant le pH de l’organisme, ni qu’il prévient l’ostéoporose ou le cancer. Une méta-analyse publiée en 2011 n’a pas trouvé de lien de cause à effet entre charge acide et perte osseuse. Ses bénéfices tiennent surtout à la place donnée aux végétaux.
Les produits laitiers sont-ils acidifiants ?
Les fromages affinés, riches en protéines et en phosphore, ont un PRAL nettement positif. Le lait et les yaourts nature sont en revanche proches de la neutralité. La naturopathie les classe souvent parmi les aliments acidifiants, sans distinction. Les produits laitiers apportent aussi du calcium et des protéines, et leur place dépend de la tolérance de chacun.
Faut-il mesurer le pH de ses urines ?
Chez une personne en bonne santé, ce n’est pas utile. Le pH urinaire varie beaucoup au cours de la journée et reflète surtout les derniers repas. Il ne renseigne ni sur le pH du sang ni sur l’état des tissus. Le médecin peut le prescrire dans des situations précises, comme certains calculs rénaux.
L’eau alcaline est-elle bénéfique ?
L’eau alcaline est neutralisée par l’acidité de l’estomac et ne modifie pas le pH du sang. Aucune étude solide n’a démontré de bénéfice chez une personne en bonne santé. Boire suffisamment d’eau reste utile, quel que soit son pH. Certaines eaux très minéralisées ne conviennent pas à tout le monde, notamment en cas de régime pauvre en sel.
Un aliment acidifiant est-il mauvais pour la santé ?
Non. Les œufs, les poissons, les légumineuses et les céréales complètes ont un PRAL positif, mais ils apportent protéines, fibres, vitamines et minéraux essentiels. L’enjeu n’est pas de les supprimer, mais de les accompagner de légumes et de fruits. Ce sont surtout les excès de charcuterie, de fromages et de produits ultra-transformés qu’il est utile de limiter.