Spiruline et chlorella : bienfaits, différences et précautions avant une cure

En bref : la spiruline est une cyanobactérie, la chlorella une algue verte unicellulaire. Toutes deux sont riches en protéines et apportent du fer, mais la vitamine B12 de la spiruline est surtout une forme inactive chez l’humain. Leur qualité varie et l’ANSES rappelle les risques de contamination. Elles sont déconseillées en cas de phénylcétonurie ou de maladie auto-immune ; la chlorella demande prudence sous anticoagulant.

Poudre bleu-vert dans les smoothies, comprimés dans les sacs de sport, paillettes sur les salades : la spiruline et la chlorella se sont fait une place dans les habitudes de celles et ceux qui cherchent « plus d’énergie ». En formation, nous les abordons comme ce qu’elles sont, des aliments très concentrés, intéressants dans certaines situations et loin d’être anodins. La question n’est pas de savoir si elles sont « bonnes », mais pour qui, sous quelle qualité et avec quelles limites.

Spiruline et chlorella : de quoi parle-t-on exactement ?

Malgré leur ressemblance en rayon, ces deux micro-organismes n’ont pas grand-chose en commun sur le plan biologique. La spiruline, de son nom scientifique Arthrospira platensis, est une cyanobactérie : un micro-organisme en filaments spiralés, capable de photosynthèse, qui pousse naturellement dans des lacs chauds et alcalins. Elle est aujourd’hui cultivée en bassins, y compris en France, puis séchée en poudre ou en paillettes. Sa paroi fragile se digère facilement.

La chlorella, Chlorella vulgaris ou Chlorella pyrenoidosa, est une véritable algue verte, formée d’une seule cellule entourée d’une paroi épaisse. Cette paroi résiste à la digestion humaine, c’est pourquoi la chlorella vendue en complément est dite « à paroi cassée » : elle a été traitée pour rendre son contenu accessible. Elle est surtout cultivée en Asie, en bassins ou en cuves.

Quelles différences de composition entre spiruline et chlorella ?

Les deux micro-algues sont souvent présentées comme interchangeables. Leurs profils se recoupent, mais pas sur tout. Le tableau donne des ordres de grandeur pour la poudre sèche ; ils varient fortement d’un producteur et d’un lot à l’autre.

CritèreSpirulineChlorella
NatureCyanobactérie, paroi fragileAlgue verte unicellulaire, paroi épaisse à casser
ProtéinesEnviron 55 à 65 % du poids secEnviron 45 à 60 % du poids sec
FerÉlevé, de l’ordre de 25 à 30 mg pour 100 gPrésent, très variable selon la culture
Vitamine B12Surtout une forme inactive chez l’humainForme active dans certains lots, teneur très variable
ChlorophyllePrésente, avec un pigment bleu, la phycocyaninePlus concentrée, couleur vert profond
Vitamine KModéréeÉlevée, importante sous anticoagulant
IodeGénéralement faibleGénéralement faible, variable
GoûtMarin, assez prononcéHerbacé, plus amer

Dernier point commun rarement mentionné : les deux contiennent de la phénylalanine, un acide aminé que les personnes atteintes de phénylcétonurie doivent éviter, et des acides nucléiques qui augmentent la production d’acide urique.

Que dit notre manuel de naturopathie sur les micronutriments et les super-aliments ?

Notre manuel de naturopathie niveau 2 cite la spiruline à plusieurs reprises : parmi les sources de protéines, parmi les aliments « énergétiques », et dans la description de la revitalisation, deuxième temps de la cure naturopathique, qui repose sur « une alimentation riche en nutriments, en vitamines, en minéraux et en antioxydants », avec l’exemple des « super-aliments comme la spiruline ». Le même chapitre rappelle que les micronutriments, nécessaires en petite quantité, jouent un rôle crucial, et qu’« un déficit ou un excès peut entraîner des troubles ».

Cette dernière phrase compte beaucoup pour nous. Le manuel décrit le rôle du fer dans la production des globules rouges et le transport de l’oxygène, les signes de carence, anémie, fatigue, pâleur, essoufflement, mais aussi ceux de l’excès, avec l’hémochromatose. Une micro-algue riche en fer n’est donc pas une bonne idée pour tout le monde. Pour approfondir ces notions, lisez notre article sur les oligo-éléments, leur rôle et les carences, et la définition de l’oligo-élément dans notre lexique.

Spiruline et vitamine B12 : pourquoi ne pas compter dessus ?

C’est la confusion la plus répandue, et la plus préoccupante chez les personnes végétaliennes. Les dosages classiques trouvent beaucoup de « vitamine B12 » dans la spiruline. Mais en 1999, une équipe japonaise dirigée par Fumio Watanabe a montré, dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry, que la forme majoritaire présente dans des comprimés de spiruline était une pseudovitamine B12, inactive chez l’humain. Pire, ces analogues pourraient occuper la place de la vraie vitamine dans certains dosages sanguins.

Pour la chlorella, le même chercheur a fait le point en 2014 dans la revue Nutrients : certains produits contiennent une B12 active, en quantité très variable. Ce n’est pas une source sur laquelle bâtir des apports. Notre manuel de niveau 2 cite les algues parmi les sources de B12, à côté des viandes et des œufs ; nos formateurs précisent systématiquement cette nuance en cours. Les personnes végétaliennes ont besoin d’une supplémentation en B12 adaptée, à discuter avec le médecin ou le pharmacien, et d’un suivi.

À retenir : Une fatigue persistante, un essoufflement inhabituel, des fourmillements, des troubles de la mémoire ou une pâleur justifient une consultation et une prise de sang. Une micro-algue ne remplace ni ce bilan ni une supplémentation prescrite en fer ou en B12.

Que peut-on attendre d’une cure de spiruline ou de chlorella ?

Les promesses commerciales parlent d’énergie, d’immunité, de « détox » des métaux lourds. La recherche est beaucoup plus modeste. Les essais chez l’humain sont petits, courts, souvent financés par des producteurs, et portent sur des populations très différentes. Une méta-analyse de Maria-Corina Serban et de ses collègues, publiée en 2016 dans Clinical Nutrition, a observé une baisse des lipides sanguins avec la spiruline, à partir d’un nombre limité d’essais de qualité inégale. Pour la chlorella, l’idée qu’elle « élimine les métaux lourds » repose sur des travaux en laboratoire et chez l’animal, sans démonstration chez l’humain.

La naturopathie les envisage plutôt comme des appoints de revitalisation : un complément nutritionnel dans une alimentation pauvre en végétaux, une période de convalescence, chez une personne qui mange peu de protéines. Elles ne corrigent pas une carence installée, qui relève du médecin, et ne compensent pas une hygiène de vie épuisante. La fatigue a mille causes, et c’est d’abord elles que le naturopathe cherche à comprendre.

Comment choisir une spiruline ou une chlorella de qualité ?

La qualité est la première précaution. Parce qu’elles poussent dans l’eau et concentrent ce qui s’y trouve, les micro-algues peuvent être contaminées. L’ANSES a publié en 2017 un avis sur la spiruline, qui rappelle les risques liés aux métaux lourds, à des bactéries et à des toxines produites par d’autres cyanobactéries, les microcystines, lorsque la culture est mal maîtrisée.

  • Traçabilité : lieu de culture, producteur identifié, numéro de lot.
  • Analyses : demandez les résultats sur les métaux lourds, les microcystines et la qualité microbiologique ; un producteur sérieux les fournit.
  • Circuit contrôlé : l’ANSES recommande de privilégier les produits conformes à la réglementation française, avec un fabricant clairement identifié.
  • Pour la chlorella : mention « paroi cassée » et origine précisée ; méfiance face aux prix très bas vendus en ligne.

Les comprimés contiennent parfois des agents de compression ou d’autres ingrédients : lisez la liste. Et gardez le produit au sec, bien fermé, à l’abri de la lumière.

Qui ne doit pas prendre de spiruline ou de chlorella ?

Ces micro-algues sont souvent vendues comme des aliments « purs ». Pourtant, les contre-indications sont réelles, et nous les présentons avant tout conseil de cure.

Précaution : Évitez la spiruline et la chlorella en cas de phénylcétonurie, de maladie auto-immune ou de traitement immunosuppresseur, de surcharge en fer ou d’hémochromatose, de goutte, et pendant la grossesse, l’allaitement et chez l’enfant sans avis médical. Sous anticoagulant de type antivitamine K, la chlorella, riche en vitamine K, peut modifier l’effet du traitement : parlez-en à votre médecin avant toute prise. La voie orale concentrée relève d’un professionnel de santé formé.

  • Maladies auto-immunes : en 2004, Adela Lee et Victoria Werth ont décrit dans Archives of Dermatology des poussées de maladies auto-immunes de la peau après la prise de compléments stimulant l’immunité, dont la spiruline et la chlorella.
  • Anticoagulants : la vitamine K de la chlorella interfère avec les antivitamines K ; un changement de consommation peut déséquilibrer l’INR.
  • Thyroïde : la teneur en iode est variable selon les produits ; signalez toute prise au médecin qui suit votre thyroïde.
  • Allergies et réactions cutanées ont été rapportées ; arrêtez en cas de démangeaisons, d’éruption ou de gêne respiratoire.

Comment démarrer une cure de micro-algues de façon progressive ?

Si votre médecin ou votre pharmacien ne voit pas d’objection, et si la qualité du produit est vérifiée, la progressivité reste la règle. Nous enseignons quatre principes, sans chiffre universel, car la quantité dépend de la forme, de la personne et du produit.

  1. Avant : en cas de fatigue, faites d’abord le point avec le médecin, prise de sang à l’appui, pour ne pas masquer une carence ou un trouble de la thyroïde.
  2. Au démarrage : commencez nettement en dessous de la quantité indiquée par le fabricant, au cours d’un repas, pour observer la tolérance digestive.
  3. Pendant : augmentez lentement si tout va bien, sans dépasser l’indication de l’étiquette, et limitez la cure dans le temps.
  4. À tout moment : arrêtez en cas de troubles digestifs marqués, de maux de tête, d’éruption cutanée, de douleurs musculaires, d’urines foncées ou de jaunissement de la peau, et consultez.

Les nausées, les selles verdâtres ou les ballonnements des premiers jours sont fréquents et souvent passagers. S’ils persistent, la micro-algue ne vous convient pas, et ce n’est pas un signe de « détox ». Pour comparer avec un autre complément très populaire, notre article sur la levure de bière applique la même grille de lecture.

Comment le naturopathe utilise-t-il les micro-algues en séance ?

En séance, le naturopathe ne commence jamais par un produit. Il établit un bilan de vitalité, écoute l’alimentation, le sommeil, le stress, vérifie les traitements et les antécédents, et oriente vers le médecin si les signes l’exigent. Une micro-algue peut ensuite trouver sa place, avec une origine vérifiée, dans une démarche de revitalisation limitée dans le temps.

« J’étais végétalienne et je pensais couvrir mes besoins en B12 avec de la spiruline. Au niveau 2, en travaillant sur les micronutriments, j’ai découvert l’histoire de la pseudovitamine. J’ai fait une prise de sang, mon taux était bas. Aujourd’hui, c’est la première question que je pose aux personnes végétaliennes qui viennent me voir. »

Laure, 34 ans, ancienne graphiste, Nice

Cette rigueur sur les micronutriments est au programme de notre formation professionnelle de naturopathe. Le cursus complet coûte 6 500 € : stage Premiers Pas de 2 jours à 500 €, puis 5 niveaux de 3 jours sur 8 mois à 6 000 €, réglables en 2 versements, soit 17 jours en présentiel et 20 séances supervisées. Le niveau 2 est consacré à la nutrition, aux micronutriments et aux cures, avec 10 stagiaires en moyenne.

Note : Ces approches s’inscrivent dans le cadre du bien-être complémentaire et ne sauraient remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.

Foire aux questions

Quelle est la différence entre spiruline et chlorella ?

La spiruline est une cyanobactérie à paroi fragile, riche en protéines et en fer, qui se digère facilement. La chlorella est une algue verte unicellulaire à paroi épaisse, qui doit être cassée pour être assimilée, plus riche en chlorophylle et en vitamine K. La spiruline contient surtout une B12 inactive, la chlorella parfois une B12 active en quantité variable. Leurs contre-indications se recoupent en partie.

La spiruline est-elle une bonne source de vitamine B12 ?

Non, la spiruline contient surtout une pseudovitamine B12, inactive chez l’humain, comme l’a montré une étude japonaise publiée en 1999. Elle ne permet pas de couvrir les besoins, notamment chez les personnes végétaliennes. Ces analogues peuvent même fausser certains dosages sanguins. Une supplémentation adaptée se discute avec le médecin ou le pharmacien.

La spiruline aide-t-elle en cas de fatigue ?

Aucune étude solide ne démontre un effet de la spiruline sur la fatigue en général. Elle peut apporter des protéines et du fer dans une alimentation pauvre en ces nutriments. Une fatigue persistante justifie une consultation et une prise de sang pour en chercher la cause. La spiruline ne remplace pas ce bilan.

La chlorella élimine-t-elle les métaux lourds ?

Cette idée repose sur des travaux menés en laboratoire et chez l’animal. Aucune étude solide ne démontre que la chlorella élimine les métaux lourds chez l’humain. Une exposition suspectée aux métaux lourds relève d’un bilan médical. Les produits mal contrôlés peuvent eux-mêmes contenir des contaminants.

Peut-on prendre de la spiruline pendant la grossesse ?

Par prudence, la spiruline et la chlorella sont à éviter pendant la grossesse et l’allaitement sans avis médical. Le risque de contamination et le manque de données de sécurité justifient cette précaution. Les besoins en fer et en vitamines de la grossesse se discutent avec le médecin ou la sage-femme. Ils prescriront, si besoin, une supplémentation adaptée.

Comment reconnaître une spiruline de qualité ?

Une spiruline de qualité mentionne son lieu de culture, son producteur et son numéro de lot. Le producteur doit pouvoir fournir des analyses sur les métaux lourds, les microcystines et la qualité microbiologique. L’ANSES recommande de privilégier les produits conformes à la réglementation française. Une odeur de moisi ou un prix anormalement bas doivent alerter.

La chlorella est-elle compatible avec un anticoagulant ?

La chlorella est riche en vitamine K, qui s’oppose à l’effet des anticoagulants de type antivitamine K. Une prise, un arrêt ou un changement de quantité peut déséquilibrer le traitement et l’INR. Il est indispensable d’en parler au médecin avant toute consommation. Ne commencez jamais une cure de chlorella sans son accord dans ce cas.

Pourquoi la spiruline est-elle déconseillée en cas de maladie auto-immune ?

La spiruline et la chlorella sont réputées stimuler le système immunitaire, ce qui pourrait aggraver une maladie auto-immune. Des poussées ont été décrites après la prise de tels compléments, notamment dans un article publié en 2004 dans Archives of Dermatology. Elles peuvent aussi contrarier l’effet de traitements immunosuppresseurs. L’avis du médecin spécialiste est donc indispensable.