Gingembre : bienfaits, usages au quotidien et contre-indications
Par FRANCE CHIRON
TEMPS DE LECTURE : 8 minutesEn bref : le gingembre (Zingiber officinale) doit sa saveur piquante aux gingérols, transformés en shogaols au séchage et à la cuisson. Son niveau de preuve le plus solide concerne les nausées, notamment en début de grossesse ; les effets sur la digestion et l’inflammation sont plus modestes. En cuisine, il est bien toléré ; prudence sous anticoagulants, en cas de calculs biliaires et avec les compléments concentrés.
Le gingembre a quitté les rayons exotiques pour s’installer dans les shots du matin, les infusions d’hiver et les listes d’« aliments anti-inflammatoires ». En atelier, nous le faisons sentir frais, sec, en poudre, puis nous posons une question simple aux stagiaires : pour quoi est-il vraiment utile ? La réponse surprend souvent. Le gingembre a de vraies qualités, mais pas forcément celles qu’on lui prête le plus.
Que contient le gingembre ?
Ce que l’on appelle « racine » de gingembre est en réalité un rhizome, une tige souterraine. Il renferme une huile essentielle aromatique et des composés piquants, les gingérols, majoritaires dans le gingembre frais. Au séchage et à la cuisson, une partie des gingérols se transforme en shogaols, plus piquants encore, et en zingérone, plus douce. C’est pourquoi le gingembre frais, sec ou cuit n’a ni le même goût ni tout à fait la même composition.
Sur le plan nutritionnel, les quantités consommées sont faibles : quelques grammes râpés n’apportent ni vitamines ni minéraux en quantité significative. L’intérêt du gingembre tient à ses composés aromatiques, pas à sa valeur nutritive.
Originaire d’Asie du Sud-Est, le gingembre est utilisé depuis des millénaires dans les cuisines et les médecines traditionnelles de l’Inde et de la Chine. Il est arrivé en Europe par les routes des épices dès l’Antiquité. Aujourd’hui, l’essentiel du gingembre vendu en France vient de Chine, d’Inde, du Pérou ou du Brésil ; un peu de gingembre frais est aussi cultivé en France métropolitaine et outre-mer.
Le gingembre est-il efficace contre les nausées ?
C’est le domaine où les données sont les plus solides. Une revue systématique d’Elizabeth Viljoen et de ses collègues, publiée en 2014 dans Nutrition Journal, a rassemblé 12 essais portant sur plus de 1 200 femmes enceintes : le gingembre réduisait les nausées par rapport au placebo, sans effet significatif sur les vomissements. Chez des personnes sous chimiothérapie, un essai de Julie Ryan publié en 2012 dans Supportive Care in Cancer a observé une diminution des nausées lorsque le gingembre était ajouté aux traitements antinauséeux habituels.
Ces résultats méritent deux précisions. Les effets restent modestes, et ils ont été obtenus dans des conditions encadrées, parfois avec des extraits standardisés. Et les nausées de grossesse sévères, avec vomissements répétés et perte de poids, relèvent toujours d’une prise en charge médicale.
Et le mal des transports ?
Les résultats sont plus contradictoires. Quelques petites études anciennes suggèrent un effet, d’autres ne retrouvent pas de différence avec le placebo. En pratique, une infusion de gingembre ou quelques morceaux de gingembre frais avant un trajet ne présentent pas de risque pour un adulte en bonne santé, et certaines personnes s’en trouvent bien. Pour les enfants sujets au mal des transports, parlez-en au pharmacien ou au médecin, qui connaissent les solutions adaptées à l’âge.
À retenir : Des nausées accompagnées de vomissements répétés, d’une impossibilité à boire, de douleurs abdominales, de fièvre ou d’une perte de poids imposent de consulter. Le gingembre accompagne un inconfort léger ; il ne remplace ni un diagnostic ni un traitement.
Le gingembre aide-t-il à digérer ?
Le gingembre est traditionnellement utilisé pour la digestion lente et la sensation de lourdeur après les repas. Un petit essai de Ming-Luen Hu et de ses collègues, publié en 2011 dans le World Journal of Gastroenterology, a montré qu’il accélérait la vidange de l’estomac chez des personnes souffrant de dyspepsie fonctionnelle. L’échantillon était réduit, mais le résultat va dans le sens de l’usage traditionnel.
En naturopathie, le gingembre apparaît souvent dans les conseils digestifs. Dans les études de cas de notre manuel de naturopathie niveau 3, une personne à la digestion lente, sujette à la constipation et au ventre noué par le stress, se voit proposer un « soutien du feu digestif » associant « gingembre, citron, respiration abdominale ». L’association est parlante : le gingembre y figure à côté d’une technique de respiration, dans un ensemble. Pour d’autres gestes simples, notre article 10 astuces pour améliorer sa digestion complète ce point.
Le gingembre est-il anti-inflammatoire ?
Le gingembre contient des composés qui freinent certains médiateurs de l’inflammation en laboratoire. Notre manuel de naturopathie niveau 3, dans son tableau comparant inflammation aiguë et inflammation chronique, cite le curcuma et le gingembre parmi les « anti-inflammatoires naturels » qui accompagnent le processus de réparation, aux côtés du repos et de l’hydratation. Le manuel les place dans une approche globale, avec le rééquilibrage alimentaire, la gestion du stress et l’activité physique.
Chez l’humain, les preuves sont plus faibles que pour les nausées. Une méta-analyse d’Else Marie Bartels et de ses collègues, publiée en 2015 dans Osteoarthritis and Cartilage, a conclu à une réduction modeste de la douleur dans l’arthrose, à partir de 5 essais seulement. Des essais sur les douleurs de règles vont dans le même sens, avec des effectifs réduits. Le gingembre peut donc trouver sa place dans une assiette anti-inflammatoire. Il ne remplace pas un traitement antidouleur prescrit, et une douleur articulaire persistante se montre au médecin.
Notre manuel de naturopathie niveau 2 le range d’ailleurs dans sa liste d’aliments anti-inflammatoires, à côté du curcuma, des légumes verts, des fruits rouges et des poissons gras. C’est cette logique d’assiette que nous privilégions : le gingembre y apporte de la saveur, ce qui aide à cuisiner davantage de légumes et moins de plats industriels, eux-mêmes associés à l’inflammation dans le même manuel.
Frais, poudre, infusion ou jus : quelle forme de gingembre choisir ?
Chaque forme a son usage. Le tableau reprend ce que nous présentons en formation, en restant sur des usages alimentaires.
| Forme | Usage courant | Intérêt | Précaution |
|---|---|---|---|
| Frais râpé ou émincé | Wok, soupe, vinaigrette, compote | Riche en gingérols, goût vif et citronné | Choisir un rhizome ferme, à peau lisse |
| Poudre sèche | Pâtisseries, épices, lait d’or | Plus de shogaols, saveur chaude | Se conserve à l’abri de la lumière, perd son arôme |
| Infusion ou décoction | Quelques tranches frémissantes 10 minutes | Boisson chaude digestive | Éviter les versions très concentrées si l’estomac est sensible |
| Jus ou shot | Gingembre pressé, souvent avec citron | Concentré et piquant | Peut irriter l’estomac et la gorge, à diluer |
| Gélules et extraits | Compléments alimentaires | Quantité standardisée | Voie orale concentrée : avis d’un professionnel de santé |
Le gingembre confit, très sucré, relève de la gourmandise plus que du soin. Et pour les compléments, la quantité et la durée relèvent d’un professionnel de santé formé, médecin ou pharmacien, qui tiendra compte de vos traitements.
Quelles sont les contre-indications du gingembre ?
Utilisé en cuisine, le gingembre est bien toléré par la plupart des adultes. Les effets indésirables apparaissent surtout avec les formes concentrées : brûlures d’estomac, reflux, diarrhée, irritation de la bouche.
Précaution : Demandez l’avis de votre médecin ou de votre pharmacien avant de consommer du gingembre en quantité ou en complément si vous prenez un anticoagulant ou un antiagrégant, un traitement du diabète ou de la tension, si vous avez des calculs biliaires, ou avant une opération. Pendant la grossesse, restez sur un usage culinaire, sauf avis de la sage-femme ou du médecin.
- Anticoagulants et antiagrégants : le gingembre pourrait renforcer le risque de saignement, par un effet sur les plaquettes.
- Calculs biliaires : il stimule la sécrétion de bile, ce qui peut déclencher une douleur en cas de calcul.
- Reflux, gastrite, ulcère : sa saveur piquante peut aggraver les brûlures.
- Diabète et hypertension traités : un effet sur la glycémie et la tension est évoqué, qui pourrait s’ajouter au traitement.
Chez l’enfant, le gingembre se limite aux quantités culinaires. Et en cas d’opération programmée, signalez au chirurgien toute consommation régulière de compléments de gingembre.
Quelles recettes simples au gingembre ?
Voici trois préparations que nos stagiaires reprennent volontiers, parce qu’elles tiennent en quelques minutes.
- Infusion gingembre-citron : 3 ou 4 fines tranches de gingembre frais dans 500 ml d’eau frémissante, 10 minutes à couvert, puis le jus d’un demi-citron hors du feu. Une rondelle d’orange ou une branche de thym pour varier.
- Bouillon digestif du soir : un bouillon de légumes avec un morceau de gingembre de 2 cm émincé, des carottes, un poireau, une poignée de coriandre en fin de cuisson.
- Compotée pomme-gingembre : pommes coupées en dés, un peu d’eau, gingembre râpé et cannelle, 15 minutes à feu doux. À servir tiède, avec une cuillère de graines moulues.
Côté achat, choisissez un rhizome lourd, ferme, à la peau fine et brillante. Inutile de l’éplucher au couteau : le dos d’une petite cuillère suffit à gratter la peau sans gaspiller la chair. Et s’il est issu de l’agriculture biologique et bien brossé, la peau peut même rester dans une infusion.
Comment la naturopathie enseigne-t-elle le gingembre ?
Le gingembre sert souvent de porte d’entrée vers la phytothérapie. Notre manuel de naturopathie niveau 1 le prend en exemple pour expliquer les décoctions, réservées aux « parties dures des plantes » comme les racines, par opposition aux infusions de fleurs et de feuilles. Le même chapitre rappelle trois précautions que nous faisons appliquer à chaque plante : bien choisir la plante et son mode d’utilisation, ne pas mélanger plusieurs plantes sans connaître leurs interactions, respecter les contre-indications. Pour son cousin le curcuma, souvent associé au gingembre, lisez notre article sur les bienfaits réels du curcuma, et pour l’hiver, nos remèdes de grand-mère pour l’immunité.
« Je buvais deux shots de gingembre pur par jour pour ma digestion, et mes brûlures d’estomac empiraient. Au niveau 1, pendant l’atelier sur les plantes, on a parlé des formes et des contre-indications. Je suis passée à une infusion douce après le repas, et j’ai compris qu’en plantes, plus fort ne veut pas dire mieux. »
Isabelle, 45 ans, ancienne chargée de clientèle, Marseille
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Note : Ces approches s’inscrivent dans le cadre du bien-être complémentaire et ne sauraient remplacer une consultation auprès d’un professionnel de santé.
Foire aux questions
Quels sont les bienfaits prouvés du gingembre ?
L’effet le mieux documenté du gingembre concerne la réduction des nausées, notamment en début de grossesse. Des études plus petites suggèrent un intérêt pour la digestion lente et une réduction modeste de certaines douleurs. Les preuves restent limitées pour l’inflammation chronique. Le gingembre accompagne l’hygiène de vie sans remplacer un traitement.
Peut-on consommer du gingembre tous les jours ?
En quantité culinaire, le gingembre peut être consommé quotidiennement par la plupart des adultes. Quelques tranches dans une infusion ou un plat suffisent. Les formes concentrées, comme les shots ou les compléments, demandent davantage de prudence. Un avis médical est nécessaire en cas de traitement anticoagulant, de calculs biliaires ou de reflux.
Le gingembre est-il autorisé pendant la grossesse ?
Le gingembre en usage culinaire est courant pendant la grossesse et a été étudié pour les nausées du premier trimestre. Les compléments et les formes concentrées doivent être discutés avec la sage-femme ou le médecin. Des nausées sévères avec vomissements répétés nécessitent une consultation. Ne commencez pas un complément sans avis.
Le gingembre aide-t-il à perdre du poids ?
Aucune étude solide ne montre que le gingembre fait maigrir de façon significative. Il peut rendre les plats plus savoureux et aider à réduire le sel ou le sucre, ce qui participe à une alimentation plus équilibrée. La perte de poids repose sur l’ensemble du mode de vie. Méfiez-vous des produits qui promettent un effet brûle-graisse.
Le gingembre est-il mauvais en cas de reflux ?
Chez certaines personnes, le gingembre, surtout concentré ou pris à jeun, aggrave les brûlures d’estomac. D’autres le tolèrent bien en petite quantité, après le repas. En cas de reflux fréquent, mieux vaut éviter les shots et les compléments. Un reflux persistant doit être évalué par un médecin.
Gingembre frais ou en poudre : lequel choisir ?
Le gingembre frais contient davantage de gingérols et a un goût vif et citronné. La poudre contient plus de shogaols, avec une saveur plus chaude, et se conserve plus longtemps. Les deux ont leur place en cuisine selon les recettes. Pour une infusion, le gingembre frais en tranches donne généralement le meilleur résultat.
Comment conserver le gingembre frais ?
Le gingembre frais se garde deux à trois semaines au réfrigérateur, dans le bac à légumes, enveloppé dans un papier absorbant. Il se congèle aussi très bien, entier ou râpé en petites portions. Un rhizome ridé, mou ou moisi doit être jeté. La poudre se conserve dans un bocal fermé, à l’abri de la chaleur et de la lumière.
Le gingembre est-il compatible avec un anticoagulant ?
Le gingembre pourrait renforcer le risque de saignement en agissant sur les plaquettes, surtout à forte dose. En petite quantité culinaire, le risque est faible, mais il doit être signalé au médecin. Les compléments de gingembre sont à éviter sans avis médical ou pharmaceutique. Signalez tout saignement inhabituel ou apparition de bleus.